28 novembre 2022

Peugeot 9X8 : que peut-on espérer de sa première course ?

La quatrième manche du Championnat du Monde d’Endurance (WEC) va voir ce week-end les Peugeot 9X8 effectuer leurs grands débuts en compétition. Moins d’un mois après une édition des 24 Heures du Mans remportée à nouveau par Toyota, cette arrivée est attendue. Pour redonner de l’intérêt à la catégorie Hypercar, chasse gardée de Toyota de manière quasi-exclusive. Pour donner de la consistance à un plateau réduit à quatre ou cinq châssis au maximum depuis son lancement. Pour voir (enfin) la marque française impliquée dans un championnat dont elle a participé à la création, sans jamais y rouler ! Mais sur le plan purement sportif, que peut-on espérer de cette aventure 9X8 dès la manche italienne ? Voyons le potentiel.

Des débuts victorieux ?

Après les programmes 905 (1990-1993, motorisation V10 essence) et 908 (2007-2011, motorisation V12 diesel HDI FAP), Peugeot apporte la 9X8 hybride avec son V6 2,6 litres bi turbo de 500 kW et 2 moteurs électriques sur l’essieu avant (200 kW). Des débuts à Monza, cela rappelle l’époque de la 908. En 2007, c’est précisément lors des 1000 km de Monza que les Lionnes débutaient. Nicolas Minassian et Marc Gené devenaient les premiers vainqueurs de cette ère LMP1 Peugeot, Stéphane Sarrazin et Pedro Lamy étaient eux 3e, avec une Pescarolo (celle de Collard/Bouillon) intercalée.

Ferveur populaire au pesage des 24 Heures du Mans 2008 – photo Peugeot Sport

Une première course couronnée de succès, qui allait ouvrir une série de victoires en Le Mans Series (LMS) ensuite (Valence, Nürburgring, Spa-Francorchamps, Silverstone et Interlagos). La toute première saison des Peugeot 908 a été marquée par une démonstration de force mais… face à une opposition réduite. Certes, le plateau des LMP1 était riche, mais face à une technologie diesel pour laquelle une « équivalence » était proposée, les concurrents « essence » avaient du mal. Surtout, Peugeot arrivait en LMS avec des moyens usine, encore jamais vus dans la série de Patrick Peter. La situation actuelle n’est donc pas totalement comparable, avec Toyota comme adversaire aux moyens équivalents. Et même comme adversaire intimidant, ayant cumulé 10 ans d’expérience sans interruption. Le constructeur japonais suit les traces d’Audi, marque engagée de 2000 à 2016 en Sarthe !

Plutôt que de se lancer dans un parallèle avec la 908, comparons avec les débuts de la 905.

Le Mans 1991, première participation des 905 au Mans après les débuts fin 1990 – photo Martin Lee

Présentée officiellement le 4 juillet 1990 à Magny-Cours, la 905 connaissait sa première course sur le circuit Gilles Villeneuve de Montréal en septembre 1990, pour l’avant-dernière course du Championnat du monde des voitures de sport. Après leur abandon, Rosberg et Jabouille terminaient 13e lors de la manche mexicaine, loin des ténors d’alors qu’étaient les Mercedes-Benz C11, Nissan R90CK et autres Porsche 962. Alors, pour la 9X8 : débuts victorieux ou compliqués ?

Petit renvoi vers d’autres articles : si vous aimez la 905 (ou si vous voulez revivre son épopée), nous lui avons dédié trois sujets : Peugeot au Mans : 1991, la découverte brutale, Peugeot au Mans : 1992, déjà la victoire et enfin Peugeot au Mans : 1993, le triplé avant le retrait !

La préparation de la Peugeot 9X8, avec 15 000 kilomètres en essais

Rouler, rouler, toujours rouler. Emmagasiner de l’expérience, cela a toujours été la clé pour une nouvelle voiture. Lors de la présentation de la 908 début 2007, Bruno Famin, alors aux commandes de Peugeot Sport, parlait d’une quinzaine de séances d’essais dont environ trois simulations de 24 Heures au programme dans l’année. « Nous tablons sur 20 à 30 000 kilomètres d’essais« . Ce travail n’allait pas permettre aux 908 de faire tomber les Audi ni en 2007 ni en 2008…

Et cette 9X8, combien de kilomètres de roulage les châssis ont-ils dans leurs roues ? Le communiqué de presse Peugeot arrivé en ce début de semaine nous éclaire.

« Depuis six mois, le Team Peugeot TotalEnergies mène une intense campagne d’essais sur différents circuits européens pour préparer ce premier rendez-vous en compétition. Ces dernières semaines, l’équipe a minutieusement peaufiné sa feuille de route. Deux phases essentielles ont été menées : l’une dédiée aux séances en simulateur à Satory, permettant à l’équipe d’identifier et de déterminer ses cartographies de gestion d’énergie, quand les pilotes se confrontaient aux subtilités et aux particularités de ce tracé ; l’autre, consacrée à un ultime roulage, en Espagne, sur le circuit Motorland Aragon. A cette occasion, le cap des 15 000 kilomètres de tests a été franchi, marque souhaitée par l’équipe avant l’entrée en course à Monza. Lors de cette séance, une endurance de 36 heures a été réalisée, permettant le rodage des différentes équipes de course (pilotes, ingénieurs, mécaniciens) et l’acquisition d’automatismes par les femmes et les hommes du Team Peugeot TotalEnergies dédiés aux machines n°93 et n°94, les deux numéros de course réservés aux PEUGEOT 9X8« .

Au total, les 9X8 ont cumulé plus de 10000 kilomètres en moins de 25 jours (lors de la présentation), le tout sur cinq circuits différents. Puis, 5000 kilomètres supplémentaires (soit l’équivalent de la distance des 24 Heures du Mans) ont permis d’affiner encore la préparation. Les 9X8 semblent prêtes… à la victoire ? On attend vos pronostics en commentaires.

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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