25 septembre 2022

Toyota remporte les 24 Heures du Mans 2022

Doublé Toyota pour la 90e édition des 24 Heures du Mans. Domination sans partage face à une Alpine bien décevante et des Glickenhaus bien au rendez-vous, mais repoussée à distance du fait – notamment – de l’absence de tout système hybride embarqué. Victoire Porsche en LMGTE Pro et Aston Martin (TF Sport) en LMGTE Am.

Une main mise sur la course

De cette 90e édition, on ne retiendra pas l’intensité de la bataille en tête. La victoire de la Toyota GR010 Hybrid #8 du Toyota Gazoo Racing avec Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryo Hirakawa, devant la voiture sœur (la #7) de Kamui Kobayashi, José Maria López et Mike Conway s’est jouée sur des soucis techniques rencontrés par la seconde nommée.

Dans les stands, le ballet des mécaniciens était rodé de chaque côté, la #7 héritant du commandement tôt dans l’épreuve grâce à quelques secondes gagnées. Rien toutefois ne permettant de marquer un écart tranché. Les deux machines nippones roulaient de concert pendant le premier tiers, l’intensité de la bataille entre les deux équipages était réelle.  

Toyota domine depuis cinq saisons maintenant l’endurance prototype, mais les pilotes essaient de placer leur bolide devant. Oui, la bataille avec Alpine ou Glickenhaus n’a jamais eu lieu. Mais en interne, on se donnait à 100% sur chaque voiture. 

Après une slow zone à la 9e heure qui accentua l’avance de la #8, c’est finalement un problème technique à l’heure de se réveiller le dimanche qui stoppait les espoirs de la #7. José Maria López procédait alors à plusieurs redémarrages complets de la voiture. Il laissait filer la #8 qui comptait presque une boucle d’avance. Les positions allaient rester inchangées jusqu’à l’arrivée. Aucun des 380 tours de la course n’a été mené par une autre voiture qu’une Toyota. La domination du constructeur, qui remporte là son cinquième succès de rang, pourrait toutefois ne plus être en 2023. Avec Peugeot mais aussi Ferrari et Porsche attendus, la parade Toy’ – si elle a lieu – se fera face à des géants.

Glickenhaus maître de la rébellion, Alpine loin du sommet

En débarquant en 2021 au Mans, Jim Glickenhaus et ses troupes avaient créé la bonne surprise. Les deux 007 LMH étaient à l’arrivée, au pied du podium. Cette année, avec une Alpine en perdition très tôt dans l’épreuve, l’équipe américaine a pu monter d’une marche et atteindre le podium. Une progression admirable avec pour Richard Westbrook, Ryan Briscoe et Franck Mailleux une « récompense » pour le travail accompli.  Appréciée du public, l’épopée de Glickenhaus est fidèle à l’esprit voulu par l’Automobile Club de l’Ouest (ACO) et contribue à la légende de l’épreuve.  Le petit constructeur, qui produit un nombre confidentiel de châssis homologués pour la route, prouve qu’il peut rivaliser avec les géants.

Meneur de la rébellion, comme l’équipe Rebellion Racing par le passé, Jim Glickenhaus sait qu’il devra délivrer une prestation parfaite en 2023. Si les voitures sont engagées. Face à une déferlante d’Hypercar attendue, on espère que ces prototypes à la ligne intemporelle seront au départ.

Que dire de la course d’Alpine ? Elle fut rapidement hâchée, gâchée par deux passages par le box pour des problèmes d’embrayage. Ce sont ensuite plusieurs sorties de piste, notamment du côté du virage Porsche, qui n’ont pas permis à la voiture française de recoller au peloton Hypercar. Au-delà de la 20e place toute la course, l’Oreca badgée Alpine n’était pas à son aise pour cette 90e édition. Jamais dans le rythme, touchée par les problèmes… son jubilé n’est pas à retenir.

Jota roi du LMP2

En LMP2, il fallait miser sur JOTA. L’équipe anglaise, dont on connaît la qualité de préparation, décroche la victoire de catégorie grâce à la belle complémentarité du trio Roberto González, Will Stevens et Antonio Felix da Costa. Si l’on en doutait pas de la qualité des deux derniers nommés, le pilote « gentlemen » a lui très bien géré son effort. Rapidement, la JOTA « Mighty 38 » a pris les commandes devant la charge menée par Penske et Prema. La course fut déjà compromise avant le premier virage pour les deux WRT de pointe, mais aussi pour l’Oreca 07 – Gibson #22 de l’équipe United. Un contact entre ces trois là les décrochait déjà d’une lutte en tête.

Prema ne l’emporte pas mais montre tout son sérieux pour une première participation. En y ajoutant la bonne tenue en Championnat du Monde d’Endurance (WEC) et les deux victoires en European Le Mans Series (ELMS), l’équipe italienne démontre qu’elle est à même de gérer un programme en Hypercar. Bientôt une confirmation avec BMW ?

La déception vient de Belgique avec WRT qui place finalement sa « troisième » voiture comme la mieux classée. Après la démonstration de 2021, le retour à une course moins démonstrative a du être compliqué.

Porsche clôture le LMGTE Pro

Depuis 2018 et la victoire de la 911 RSR Pink Pig, Porsche attendait une victoire de catégorie au Mans. La voici enfin. Et, belle histoire, elle revient à un équipage qui n’avait pas encore eu ce bonheur : Gianmaria Bruni, Richard Lietz et Frederic Makowiecki sont les derniers lauréats d’une catégorie qui ne sera pas reconduite en 2023.

Depuis 2011 et l’apparition de ce modèle Pro/Am divisé, le GT nous a apporté des courses sensationnelles. Des luttes intenses entre Aston Martin, BMW, Corvette, Ferrari, Ford, Porsche. Cette magie reviendra avec les GT3.

Porsche repart avec cette ultime victoire, un trophée qui semblait promis à Corvette. Les deux C8.R, vues une seule fois au Mans auparavant (2021) étaient les plus rapides des qualifications.

En course, si un problème au niveau de la suspension arrière-gauche ralentissait la #63, la #64 filait vers le succès. Mais un accident impressionnant, causé par un contact avec l’Oreca 07 – Gibson #83 AF Corse de François Perrodo, a stoppé net tous les espoirs. La C8.R restera comme la Corvette sans couronne au Mans.

TF Sport dans son jardin

Tom Ferrier a déjà connu le succès en 2020. Lors de cette édition si particulière disputée à huis-clos, il complétait le succès en LMGTE Pro d’Aston Martin Racing. En 2022, la victoire de catégorie a été le fruit d’une course patiente, prudente, mais aussi de la bonne combinaison de force entre Ben Keating, Henrique Chaves et Marco Sørensen. Ben Keating notamment, dépossédé de sa victoire en LMGTE Am en 2019 pour réservoir non-conforme sur sa Ford GT, peut enfin célébrer son premier succès après huit éditions. Marco Sørensen lui non plus l’avait jamais gagné au Mans ! « Cela fait longtemps que je viens. J’ai eu beaucoup d’occasions. Dans certaines éditions, j’avais le rythme mais j’ai fait des erreurs. Cette fois, il n’y a eu aucune erreur. À trois tours de la fin, je me suis rendu compte que nous allions gagner. Je n’osais pas y croire ! Je me suis concentré sur mon pilotage et quand j’ai passé la ligne, j’ai commencé à comprendre » confie le Danois.

En 2023, les LMGTE Am seront les seules Grand Tourisme autorisées. TF Sport, en ayant remporté deux des trois dernières éditions, se positionne forcément comme favori à sa succession.

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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