2 décembre 2021

Lamborghini Diablo SVR : on lui doit tout (ou presque)

Bien avant que Lamborghini ne devienne un constructeur très impliqué en compétition automobile – et un grand animateur du GT3 – les créations de la marque de Sant’Agata Bolognese restaient assez confidentielles sur circuit. L’histoire entre Lamborghini et les 24 Heures du Mans se résume par exemple à une poignée de participations grâce à la Murciélago de 2006 à 2010. Avant, dans les années 90, des projets privés ont existé mais n’ont pas abouti. L’origine de la lignée des Lamborghini GT, c’est en 1996 qu’on la trouve. C’est cette année-là que naissait la Lamborghini Diablo SVR. Une voiture méconnue, à qui l’on doit pourtant tellement. Elle reste la première voiture dérivée d’un modèle de série engagée par Lamborghini en sport-automobile.

Après l’aventure Venturi, et la création du Venturi Trophy qu’on lui doit, Stéphane Ratel contribue au BPR et à la renaissance des Grand Tourisme. Mais puisque la série monotype Venturi n’existe plus (la production des vénérables 400 Trophy est stoppée en 1994), Ratel cherche une nouvelle marque avec laquelle créer son trophée dédié aux gentlemen drivers. Oui, son objectif reste comme avec les Venturi auparavant de proposer aux riches amateurs de course automobile une compétition avec une seule marque sur une sélection de circuits. Les coûts sont ainsi maitrisés, et l’équité du matériel promise attire !

C’est avec Lamborghini que l’affaire est conclue. La marque italienne développe sur commande la Diablo SVR ou Diablo SV-R. Elle apparaît en 25 exemplaires dès 1996. Il s’agit d’une base de SV (Sport Veloce) poussée dans ses retranchements avec un poids total réduit à 1385 kg. La SVR repose sur un châssis renforcé en plusieurs points avec ajout d’un arceau cage. Ces suspensions revues sont plus rigides et elle est équipée de roues de 18 pouces avec écrou central.

Les freins aussi sont revus en conséquence. Le moteur bénéficie d’une nouvelle gestion avec un échappement libre et une puissance totale de 540 chevaux. Avec ses 5,7 litres de cylindrée, le V12 permet d’aboutir à la voiture destinée à une formule monotype inédite.

Un kit compétition permet de faire évoluer la SV en SVR, avec un bouclier avant spécifique, des phares fixes ou encore un nouvel extracteur à l’arrière sans oublier un aileron en carbone. Les vitrages sont modifiés (en Perspex) et la bête est prête.

Le baptême du feu a lieu en levée de rideau des 24 Heures du Mans 1996. Sur la liste des engagés, des noms prestigieux. Jean-Pierre Jarrier, Michel Ferté, Hervé Poulain, Jean-François Yvon, Gérard Larrousse, Olivier Grouillard ou encore Thomas Bscher.

Le Phillipe Charriol Super Sport Trophy (c’est le nom donné au championnat créé spécialement pour la Lamborghini Diablo SVR) s’est déroulé sur trois saisons : 1996, 1997 et 1998. Du Mans au Nürburgring, de Spa-Francorchamps à Nogaro ou encore Vallelunga, ce championnat rapidement baptisé « Lamborghini Diablo Trophy » est à considérer comme l’ancêtre du Lamborghini Super Trofeo actuel. Mieux, grâce à un format de deux courses sur le week-end (course sprint et course longue) ou d’une seule course semi-endurance, à la présence de deux pilotes et à une large place laissée aux gentlemen, on peut aussi y voir les bases de ce qu’est ensuite devenu le GT3 selon SRO. A l’époque, les personnes qui achetaient la voiture avaient le droit à un engagement gratuit pour les deux premières saisons. Sinon, il fallait louer la SV-R via l’une des neuf équipes qui les exploitaient.

Le pilote Philippe Charriol (aujourd’hui disparu) a permis de faire émerger ce championnat. L’horloger prêtait son nom à la compétition et roulait lui-même. Il offrait aussi 100 000 F de prix à chaque course. Un avant-gardiste. La Lamborghini Diablo SVR et le trophée initié en 1996 tiennent une place importante dans l’histoire de la marque… qui pourrait bientôt ouvrir un nouveau chapitre en LMDh comme nous l’évoquions ici : « Lamborghini aux 24 Heures du Mans ? Grasser Racing Team le souhaite« 

Images : Netcarshow, Tuiles TBF, Lamborghini, SRO

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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