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Pescarolo Sport : 2001, espoirs douchés

Le Mans

Pescarolo Sport : 2001, espoirs douchés

Photo Jacques Vivier

Pescarolo Sport : 2001, espoirs douchés

Forte de la quatrième place des 24 Heures du Mans 2000 (Pescarolo Sport : 2000, l’entrée en résistance), l’équipe Pescarolo Sport entame 2001 avec des ambitions à la hausse. L’idée est de revenir en Sarthe avec deux voitures, et de réaliser un programme complet en mixant American Le Mans Series (ALMS) et European Le Mans Series (ELMS).  En voulant participer à une dizaine de courses, et notamment les 24 Heures de Daytona ou les 12 Heures de Sebring, la structure française veut confirmer son statut de premier opposant à Audi . Une ambition trop forte sans doute, qui va se heurter à des désillusions.

Deux voitures constituent la colonne vertébrale du programme 2001 :

  • La Courage C52-Peugeot : une barquette éprouvée et endurante, qui a terminé à la 4e place des 24 Heures du Mans en 2000.
  • La Courage C60-Peugeot : il s’agit du nouveau prototype conçu et réalisé par le bureau d’études de Courage Compétition, sous la direction de Paolo Catone.

Ce choix de scinder l’engagement avec deux voitures différente traduit toute l’intelligence d’Henri Pescarolo. Conscient qu’il possède avec la C52 une base solide, il veut capitaliser sur elle… mais envisage aussi l’avenir. Finalement, face aux performances de la C60, ce programme avec la C52 est abandonné, « Pesca » retient bien deux C60.

La Courage C60 construite par Yves Courage est développée conjointement avec les Verts. La C52 avait avant tout été pensée pour Nissan, mais sa descendante naît elle avec dans ses gênes tout ce qu’il faut pour accueillir le bloc Peugeot en priorité. Sans le savoir, Courage Compétition développe alors une voiture qui sévira en compétition des années durant et deviendra une référence.

Mais revenons-en aux débuts de l’aventure. La nouvelle C60-Peugeot effectue ses premiers tours de roues le lundi 11 décembre 2000 sur le circuit Bugatti au Mans. Puis, après des essais privés à Barcelone, direction Sebring. La nouvelle C60 abandonne à la 6e heure de course. Un abandon dû à un problème de commande de boîte de vitesses qui a occasionné de nombreux surrégimes, fatals au moteur. Dans la première heure déjà, un problème d’alternateur ne permettait pas à la C60 de rester aux avants-postes. A noter que le bloc Peugeot était, pour Sebring, encore dans sa version 2000.

Pescarolo Sport 24 Heures du Mans 2001 au pesage
Les deux Courage C60 à moteur Peugeot au pesage – Photo Jacques Vivier

Après cet engagement qui a tourné à la séance d’essais grandeur nature, direction Barcelone pour le FIA Sportscar Championship. Abandon pour Jean-Christophe Bouillon et Sébastien Bourdais. Une Ferrari 333 SP vieillissante s’impose. Mais à Donington (cette fois en ELMS), le premier résultat significatif arrive. Pescarolo Sport accède une nouvelle fois au pied du podium, derrière trois Audi R8. A Monza (en FIA Sportscar Championship), la victoire semble promise. Sébastien Bourdais puis Laurent Redon mènent. Jean-Christophe Bouillon a quatre tours d’avance mais la défaillance d’un périphérique moteur – une nouvelle pompe à huile testée pour la première fois – le contraint à l’abandon.

Pescarolo Sport 24 Heures du Mans 2001
Au virage Ford, ça mord – Photo Jacques Vivier

En Sarthe, l’idée de base d’aligner une C52 et une C60 est oubliée. Ce sont bien deux nouvelles C60 qui sont en piste dès les essais préliminaires de mai.

  • La n°17 pilotée par Sébastien Bourdais, Jean Christophe Boullion et Laurent Redon,
  • La n°18 pilotée par Emmanuel Clerico, Didier Cottaz et Boris Derichebourg.

A la veille du départ d’une édition qui sera aussi humide que spectaculaire, Henri Pescarolo philosophait : « 8000 km d’essais, en course ou en solitaires, de jour comme de nuit, sur le sec, dans le brouillard, sous la pluie, c’était ce qu’il fallait au moins pour valider une voiture presque 100% différente de celle de l’année dernière : nouveau châssis, moteur évolué, nouvelle boîte de vitesses, et tout cela en double puisque nous avons décidé de faire courir deux autos au lieu d’une. Repartir de zéro ou presque, pour rouler plus vite, grimper plus haut dans le classement, faire battre nos cœurs plus fort ». Le patron de l’équipe le disait : « Nous revoilà face à la falaise ». Il ne se doutait pas de la montagne qu’allait constituer cette édition 2001.

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Pescarolo Sport 24 Heures du Mans 2001
Soleil aux essais – Photo Jacques Vivier

Dès le début de course, la pluie s’invite et vient rebattre les cartes.  C’est après le quatrième passage sur la ligne seulement que la pluie tombe dans la section entre Arnage et le virage Porsche. Emmanuel Clérico, sur la Courage C60 n°18, est impliqué. Sur la n°16, Sébastien Bourdais passe au travers des problèmes et tient la 5e place à l’issue de la première heure . Lors de son retour aux stands, il raconte.

Pescarolo Sport 24 Heures du Mans 2001
Pluie, pluie et pluie. Voilà le résumé du Mans 2001 – Photo Jacques Vivier

Sébastien Bourdais : « On ne voit plus rien. Rien du tout. Personne ne peut imaginer ce que nous vivons là-bas. Au début de mon relais, dans les Hunaudières, je me suis rendu compte que je doublais une autre voiture au moment ou je l’ai dépassée ! Je n’ai pas vu ses phares, ni deviné sa présence. On ne voit plus les gerbes d’eau levées par les voitures. On a la sensation de pénétrer en permanence un gigantesque mur d’eau. C’est la roulette russe ! ».

Pescarolo Sport 24 Heures du Mans 2001
Sous la pluie, la Courage C60 passe – Photo Jacques Vivier

En début de soirée, la n°17 est 4e. Jean-Christophe Bouillon (qui a succédé à Sébastien Bourdais), passe le relai à Laurent Redon vers 20h15. Pour la voiture soeur, c’est un peu moins bien. Didier Cottaz a endommagé l’arrière de la C60. Avec une aile pendante, une roue voilée, la C60 n°18 semble très touchée. Le patron de l’équipe décide alors de ne pas la faire repartir en piste. Henri Pescarolo veut jouer la prudence et fait de la C60 n°18 une donneuse de pièces potentielle si la n°17 connaît des soucis.

Pescarolo Sport 24 Heures du Mans 2001
En vert et contre tous, Pescarolo Sport entame sa deuxième année – Photo Jacques Vivier

A minuit, la Courage-Peugeot n°17 est troisième. Boullion, Bourdais et Redon ne voient pas la pluie. Le communiqué de presse de l’époque relate ce début de soirée, qui annonce une nuit de folie que l’équipage français mène : « Troisième. A la régulière. Au talent absolu. A l’énergie. A l’intelligence. Troisième derrière deux Audi qui ralentissent et devant toutes les autres voitures d’usines, dessinées et exploitées à coup de budgets vertigineux. Pescarolo Sport, David inspiré, donne aux Goliaths anglais, américains et allemands, une leçon d’agilité et de courage. Troisième. La fatigue a disparu. Le stand est animé. Les chronos tombent toujours. Troisième, l’ objectif annoncé est atteint. Ne pas relâcher l’effort. Continuer. Maintenant, tout peut arriver. Soleil enfui, lune noyée, nuages noirs, mais rien que des sourires sur les visages« .

Pescarolo Sport 24 Heures du Mans 2001
Peugeot dans la course face à Audi, déjà – Photo Jacques Vivier

Au-dessus de l’eau peut-être, le trio va connaître toutefois une désillusion. Peu après minuit, Sébastien Bourdais rentre soudain aux stands. L’arrêt est inattendu. « Impossible de continuer, les rapports de vitesses ne passent plus. Le levier est bloqué » lâche-t-il en hurlant à travers son casque. Les ingénieurs de X-Trac ne comprennent pas : jamais cette boîte, victorieuse ici-même avec BMW, ne les a trahis. Pas le temps de philosopher : le train arrière est remplacé. Retour en piste. Loin. Au-delà de la 10e place.

La Courage n°17 remonte dans le classement. A 12 heures, la voiture est 4e. A 14 heures, Jean Christophe Boullion revient soudain au garage : le moteur crache une fumée sombre : un piston a rendu l’âme. Henri Pescarolo ne signera pas le feuille d’abandon. Pendant une heure et demie, les techniciens de l’écurie vont s’activer pour reconditionner le V6 Peugeot double turbo afin qu’il accompagne la Courage blessée pour un ultime tour. Histoire de passer sous le drapeau à damier à 16 heures. 13e place finale.

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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