28 novembre 2022

Au Mans, ce qui compte c’est pas l’arrivée, c’est la quête

Nous entretenons tous une relation particulière avec les 24 Heures du Mans. Une relation souvent personnelle, unique, pourtant partagée par des milliers d’autres. Paradoxal non ? Le vocabulaire religieux est souvent, sans même que l’on s’en rende compte, utilisé pour décrire ce qui survient chaque année en juin au Mans. On se rend en fidèles assister à la grande messe de l’endurance, admirer des pilotes dont la légende de certains les élève au rang de dieux du sport-automobile. On, vous, moi, communie autour d’une foi : celle que le sport-automobile transcende les relations, fait tomber les barrières et permet de communier.

Rien peut m’ramener plus en arrière, que l’odeur de l’essence brûlée

Rien ne peut me ramener plus en arrière que l’odeur de l’essence brûlée et la vue des voitures filants au Tertre Rouge vers les Hunaudières. J’ai bien quelques souvenirs de gosse jouant dans la neige, me faisant engueuler car je jouais et rayais les CD du paternel. J’ai un souvenir d’une Citroën GS grise, d’une CX verte. Mais mon premier souvenir, le plus ancien que je puisse vraiment construire en détail, c’est une Viper GTS-R passant devant moi en 1996 au Mans. Ce jour-là, j’ai compris que ce lieu était un jardin d’Éden. J’ai compris que j’allais donner à cette course ce qu’en une fraction de seconde déjà elle avait chamboulé en moi, gosse de 11 ans.

Le parallèle entre le sport-automobile et la religion est pour moi éculé. Car cette passion mystique jadis présente a disparu progressivement. Parce que la « bagnole » n’est plus à la mode, parce que les nécessaires considérations environnementales pointent du doigt le secteur auto et la compétition en particulier. Souvent de manière maladroite. Voyez cette passion comme une petite flamme, presque devenue invisible, mais qui est sur le point d’être ravivée. Chez moi, jamais elle ne s’est éteinte.

A l’aube d’une nouvelle ère

Le débarquement des Hypercar avec en 2023 Glickenhaus, Ferrari, Peugeot, Porsche, Toyota puis dans un second temps BMW et Lamborghini, va permettre de raccrocher les différentes chapelles à l’endurance. Mince, la religion revient. Athée depuis toujours, je n’ai jamais ressenti d’attirance suprême. Pas même au Mans. En fait, d’une année à l’autre, je mène une quête à la fois personnelle et professionnelle.

Après des années passées en spectateur, à dormir dans un duvet à même le sol au Virage Ford, à enchaîner les kilomètres de marche, j’ai le bonheur d’être passé du côté des protagonistes. Pas comme pilote, mes envies n’ayant jamais été portées sur cet art que je respecte. Le talent n’est de toute façon pas là. J’ai migré du côté des journalistes en 2007, une autre forme « d’art » qui consiste à partager justement, à communier. Souvent critiqués, peu considérés. Ma mère me regarde, mon père est fier.

Le temps file et je mesure aujourd’hui – croyez-en mon expérience – que nous sommes à l’aube d’une période dorée. J’ai connu l’émotion de 1999 depuis les tribunes. J’avais 14 ans, j’étais fan de basket, je m’habillais en petit américain. J’ai connu la magie de 2011 de l’intérieur. Il me tarde de vivre le centenaire qui s’annonce comme le début d’une ère révolutionnaire, une nouvelle parenthèse dans laquelle l’endurance sera reine.

Ma quête

Ce samedi, à 16 heures, je serai encore exactement là où je dois être : au Mans. Lorsque la course est lancée, tout va vite, tout nous échappe. Et pourtant, tout est sous contrôle. J’attends chaque année ce moment précis comme un aboutissement. Il y a les années « civiles » de janvier à décembre, les années « scolaires » de septembre à juin. Et il y a les années Le Mans. Toutes sont compatibles, l’équilibre vie de famille et vie de passionné est possible.

Je repars toujours en ayant le sentiment du devoir accompli. Je repars avec l’impression d’une quête aboutie, dans laquelle je me relance quelques jours plus tard. Le Mans est un sommet de l’année pour un rédacteur web comme moi qui, par passion et par envie de partager sa connaissance, trouve face à lui un lectorat puissant. Invisible, dans la salle de presse, je vais cette année encore et pour la 16e fois de rang « donner » à cette course en étant rédacteur parmi l’équipe du site officiel. Un rêve de gosse de 11 ans qui regardait passer une Viper GTS-R.

Image : Dan Morgan

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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