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La ligne droite des Hunaudières, ce ruban d’asphalte devenu mythique

Peinture “Les Hunaudières” 24 Heures du Mans 1970 - source Carros e Pilotos
Peinture “Les Hunaudières” 24 Heures du Mans 1970 - source Carros e Pilotos

Le Mans

La ligne droite des Hunaudières, ce ruban d’asphalte devenu mythique

C’est une portion de route presque comme les autres. Permettant de relier Le Mans à Tours, la RN158 (devenue D338) devient chaque année, le temps des 24 Heures du Mans, la ligne droite la plus rapide de France. Elle est utilisée depuis les débuts de l’épreuve dans les années 1920, avec et sans chicanes.

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Les Hunaudières, plus qu’une ligne droite

A l’origine étroite, la ligne droite des Hunaudières accueillait le départ et l’arrivée, et les bolides passaient sur la portion actuelle à vive allure, ayant pris leur élan depuis Pontlieue. Pontlieue, une zone spectaculaire, avec un revêtement glissant, abandonnée à partir de 1929. Puis le circuit fut remodelé en 1932 avec la création de la courbe Dunlop, du « S » de la Forêt, et du virage du Tertre Rouge. La bonne négociation de ce dernier conditionne depuis la ligne droite et la vitesse que l’on y atteint. Le tracé passa alors à 13,492 km, voisin du développement actuel de 13,626 km.

Sortie du Tertre rouge, les Hunaudières commencent - photo Nissan
Sortie du Tertre rouge, les Hunaudières commencent – photo Nissan

Route laboratoire, utilisée à partir de 1926 pour tester différents types de revêtements par les Ponts et Chaussées, la « ligne droite des Hunaudières » est aussi la toute première route de France a avoir eu le droit à une bande centrale dès 1933. Sécurisée avec le temps – notamment après la terrible sortie d’Henri Pescarolo en 1969 – ce bout de route est aujourd’hui coupé par deux chicanes lors de chaque édition des 24 Heures du Mans. C’est en 1990 que le long ruban d’asphalte a ainsi été modelé.

Année après année, les Hunaudières ont imposé aux ingénieurs des contraintes fortes. Les vitesses élevées que les machines atteignent dans ce petit coin de Sarthe ont dicté les choix aérodynamiques. Ferrari, Ford, Maserati, Matra, Porsche et tous les autres avaient en tête, avant même de poser les premiers traits de crayon de leurs nouveaux engins, une image de la ligne droite des Hunaudières à l’esprit.

Un angle si mythique, ici avec les Audi R8, le Mans 2000 - photo Audi
Un angle si mythique, ici avec les Audi R8, le Mans 2000 – photo Audi

Cette ligne droite a fait la légende du Mans raconte Henri Pescarolo. Indianapolis et Le Mans étaient les seuls circuits au monde où les voitures fleuretaient avec les 400 km/h.

Henri Pescarolo

Le record de vitesse atteint dans les Hunaudières est détenu par la WM de Roger Dorchy qui, en 1988, a atteint les 405 km/h en course. La Sauber-Mercedes C9 atteignait, en 1989, la vitesse de 400 km/h en essais, mais n’allait pas plus haut en course, pour préserver la mécanique.

1990, le nouveau Circuit de la Sarthe

En 1987, l’Automobile Club de l’Ouest (ACO) entame une vraie révolution pour sa ligne droite des Hunaudières. Un troisième rang de glissières de sécurité est installé afin de sécuriser encore plus les voitures en cas de sortie de piste. Il semble loin le temps ou les accotements étaient creusés. En 1988, un resurfaçage total de la ligne droit est lancé. La ligne droite des Hunaudières devient un véritable billard, permettant d’atteindre des vitesses folles en sécurité, ou presque. A 100 mètres / secondes voire plus, le décor défile vite et le moindre changement de direction est démultiplié. Les aspérités de la route, tout comme le relief assez important, sont un challenge.

La ligne droite des Hunaudières, une Toyota TS050 à l'attaque - photo Toyota
La ligne droite des Hunaudières, une Toyota TS050 à l’attaque – photo Toyota

La Fédération Internationale du Sport Automobile (FISA) imposa pour la tenue des 24 Heures du Mans 1990 la création de deux chicanes. Une requête au nom de la sécurité, la ligne droite étant devenue la cible du législateur.  Des drames, il y en a eu dans les Hunaudières. Mais peu. Avec le nombre de concurrents, la diversité des machines et la versatilité des conditions météorologiques, on compte moins d’une dizaine de pilotes morts dans cette section de 1925 à 1990 . Le dernier étant Jo Gartner en 1986. Danger du trafic, impossibilité de faire face à un éclatement de pneumatique ou à un incident mécanique, la haute vitesse a emporté des vies. Mais les Hunaudières ne sont pas à tenir comme seul et unique responsable.

Les Hunaudières, et le relief si particulier de la ligne droite – photo Antonin Vincent / DPPI

La vraie raison du raccourcissement de la ligne droite, ou plutôt de son « hachage » est politique. La FISA exiga de l’ACO une rémunération importante pour que Le Mans soit intégré au calendrier des épreuves d’endurance. L’idée était de faire de l’endurance une discipline avec une gestion proche de la F1, avec ses droits télévisuels, ses redevances, etc.

A lire >  Pescarolo Sport : 2001, espoirs douchés

C’est mal connaître le caractère indépendant sarthois. L’ACO ne cède pas face à cette demande incongrue. Alors, la FISA réplique et pond une nouvelle règle. « A l’unanimité, il a été décidé de ne pas donner, ou renouveler, l’homologation de tout circuit comprenant une ligne droite supérieure à 2 km« . La FISA rend Le Mans obsolète, à moins de voir son dessin coupé.

Sortie de la seconde chicane des Hunaudières - photo Michelin Francois Flamand / DPPI
Sortie de la seconde chicane des Hunaudières – photo Michelin Francois Flamand / DPPI

Depuis 1990, le grand circuit des 24 Heures du Mans est rythmé, au niveau de son ancienne ligne droite, par deux chicanes. Baptisées initialement chicane Nissan pour la première et « Carte S » pour la seconde, elles ont adopté au fil du temps des noms différents, pour mettre en avant des partenaires. Elles sont aujourd’hui indissociables de la magie du Mans, elles qui étaient pourtant si décriées, il y a de cela 30 ans.  Si vous voulez être précis, parlez du virage de l’Arche pour la première chicane, puis du virage de la Florandière pour la seconde . Ou alors, continuez de dire « les deux chicanes ».

Une ligne droite légendaire

Aujourd’hui encore, on se souvient de l’ancien tracé. Les pilotes comme les spectateurs ont de la nostalgie à l’évocation des « vraies » Hunaudières.

« Cette ligne droite a fait la légende du Mans raconte Henri Pescarolo. Indianapolis et Le Mans étaient les seuls circuits au monde où les voitures fleuretaient avec les 400 km/h. Ça faisait rêver le public. Pour moi, l’ajout des chicanes fut une grande déception car elles n’apportent rien au pilotage ni à la sécurité… Sauf en cas de crevaison lente ».

Du Mans à Tours, par la nationale, c'est dans les Hunaudières qu'il faut passer - photo Ford
Du Mans à Tours, par la nationale, c’est dans les Hunaudières qu’il faut passer – photo Ford

Filant à plus de 360 km/h sur sa Porsche en 1970 et 1971, Gérard Larrousse se souvient des Hunaudières. Il a confié ce souvenir au site officiel des 24 Heures du Mans. Un récit qui, à sa lecture, nous donne l’impression d’être à bord à ses côtés : « A la sortie du Virage de tertre Rouge, on monte toutes les vitesses jusqu’en cinquième. La fausse courbe du début ne pose aucun problème, on la prend à fond en pleine accélération. Je passe la cinquième au niveau du restaurant des Hunaudières. La vitesse ne se stabilise à 370 km/h que dans le dernier kilomètre avant la fameuse courbe à droite. Une très légère bosse masque la courbe. La courbe des Hunaudières se prend à fond. Après avoir visé la tangente à droite, il ne faut pas se laisser glisser complètement à gauche car il peut y avoir du gravillon à l’extérieur. Au cours de sa mise en appui, la voiture s’est légèrement freinée d’elle-même. Une bosse suit la courbe, on l’aborde à fond et au moment où la suspension se détend, on soulage l’accélérateur pour ménager la transmission. Lorsque la voiture retombe et commence à se stabiliser, on est à 350 km/h environ. Il est alors temps de freiner pour le Virage de Mulsanne ».

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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