18 avril 2021

Daytona 2000 : quand la Viper française piquait les prototypes

Bien avant de devenir constructeur de prototypes, la structure française Oreca d’Hughes de Chaunac a écrit ses lettres de noblesse en rallyes, rallyes-raids, monoplace et bien entendu en endurance. La victoire décrochée en 1991 avec la Mazda 787B aux 24 Heures du Mans a permis de faire basculer la structure dans une nouvelle dimension, faisant d’elle une référence dans le monde de l’endurance. Mais un autre succès a marqué la discipline, plus confidentiel aux yeux du grand public mais connu des spécialistes. Récit de la victoire aux 24 Heures de Daytona 2000.

Le sifflement de la Viper

En février 2000, une petite révolution débute aux Etats-Unis. Le Grand-Am (Grand American Road Racing Championship) est lancé. Les 24 Heures de Daytona constituent alors l’épreuve d’inauguration. Concurrent de l’American Le Mans Series (ALMS), ce championnat coexistera pendant près de 15 ans avant une fusion en 2014.

Alors que l’on retrouve en ALMS des constructeurs engagés officiellement (Audi avec ses R8, BMW avec la V12 LMR, Cadillac avec les Northstar LMP, Panoz avec les LMP-1 Roadster-S), le plateau du Grand-Am est lui moins bien fourni. Pour cette première épreuve de la saison, la catégorie SR fait pâle figure.

On retrouve parmi les engagés les Cadillac LMP en préparation pour les 24 Heures du Mans 2000 (lire Cadillac aux 24 Heures du Mans : 2000, du neuf avec du vieux !), mais les autres prototypes ne disposent pas d’un soutien usine. La voiture la plus en vue de la catégorie – qui finira d’ailleurs la mieux placée – est la Riley & Scott Mk III de l’équipe Dyson Racing. La concurrence vient d’une Reynard 2KQ, de plusieurs autres Riley & Scott Mk III, d’exemplaires de Lola B98/10 (Konrad Motorsport, Intersport Racing) sans oublier la vénérable Ferrari 333 SP Risi Competizione. Des Français ont osé faire le voyage, l’équipe Sezio Florida Racing avec une Norma M2000-01 pour Patrice Roussel, Edouard Sezionale et A. J. Smith.

Au cœur de la nuit, la Viper pique les prototypes un à un – Richard Prince Photo

Ce plateau assez maigre de prototypes – largement fiabilisés depuis des années mais aux performances émoussées – donne avant le départ un peu d’espoir à l’équipe française. Hughes de Chaunac et son équipe espéraient secrètement monter sur le podium à la faveur des problèmes rencontrés par les machines les plus rapides. Ce sera finalement la victoire.

Trois Viper prêtes à mordre face aux big-block de Chevy

Trois Viper face à deux Corvette. Voilà quelle était l’affiche de la catégorie GTO à Daytona. La victoire n’est en rien celle d’une course d’attente. Elle n’est pas non plus le fruit d’une course de survie, dans laquelle la Viper ce serait contentée d’enchaîner les tours et d’attendre les problèmes des autres. En réalité, la lutte fut intense en catégorie GTO, la catégorie dans laquelle la victoire était clairement l’objectif.

Car face aux Viper, on retrouvait déjà le Corvette Racing avec les C5-R. La n°3, pilotée par Ron Fellows, Justin Bell et Chris Kneifel a livré bataille pendant toute la course. La Dodge Viper GTS-R gagnante, pilotée par Olivier Beretta, Karl Wendlinger et Dominique Dupuy, n’a eu que brièvement le luxe d’avoir une avance d’un tour complet, la course se jouant encore à une vitesse folle à l’approche de sa dernière heure. L’écart final fut de 32 secondes.

La bataille s’est d’abord résumée à combat à trois entre la Viper n°91 future gagnante, la voiture sœur n°93 emmenée par David Donohue, Ni Amorim et Jean-Philippe Belloc, et la meilleure des Corvette Pratt & Miller, partagée par Andy Pilgrim, Kelly Collins et Franck Freon. La deuxième « Vette », dans laquelle Ron Fellows était épaulé par Justin Bell et Chris Kneifel, perdait déjà du temps.

Des arrêtes aux stands maîtrisés pour Oreca, à l’américaine – Richard Prince Photo

Pendant la nuit, Olivier Beretta réalisait un relais mythique pour prendre l’avantage sur son coéquipier Donohue et sur la Corvette de Pilgrim. Lui qui souffrait de la varicelle ne se ménageait pas. La victoire était au bout. « Je me sentais vraiment mal et j’ai dû appeler le médecin à 5 heures du matin, mais quand votre voiture est en tête, il n’y a pas moyen que vous abandonniez« .

Après 10 heures de course, seule la Riley & Scott Mk III de l’équipe Dyson Racing mène devant les meilleurs GTO. A 4 heures du terme, son moteur Ford / Lincoln souffre. Déjà sujet à des problèmes qui ont vu l’équipe réduire la puissance délivrée, le bloc donne encore des cheveux blancs aux américains. La Viper passe. Les autres GTO suivent. La transmission et la boîte de vitesses (notamment le cinquième rapport) inquiètent sur la Viper n°91 pendant les dernières heures. Les pilotes ménagent l’auto, Wendlinger doit faire preuve de douceur. La Corvette revient vite. Pas assez pour gagner.

Une victoire imprévue, non-planifiée

La Viper devient la première voiture de classe GT à gagner la course depuis 1994 avec la Nissan 300ZX, et la première voiture de pure production à gagner depuis 1976 avec la BMW CSL. Une victoire aussi remarquable qu’imprévue. En effet, à l’origine, ORECA et Dodge n’étaient même pas censés aller à Daytona. La course n’était pas prévue au programme, celui-ci visant à faire passer Chrysler, la société mère de Dodge, dans la catégorie des prototypes aux 24 heures du Mans. Le GT n’était alors pas (plus) la priorité.

De Chaunac avait été sollicité par Lou Patane, le patron du sport automobile chez Chrysler, en novembre 1999. « C’était une décision très tardive prise par Chrysler et Dodge« , explique-t-il. « Nous avons reçu le feu vert seulement six à huit semaines avant la course, donc c’était un délai très court. Mais en même temps, nous connaissions très bien la voiture« .

Cette victoire fait partie de la légende de l’endurance, et est aujourd’hui encore un sujet de discussion pour le patron lorsqu’il se rend de l’autre côté de l’Atlantique. « Là-bas, on m’en parle encore… ».

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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