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Bentley Speed 8, esprit anglais et ADN allemand

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Le Mans

Bentley Speed 8, esprit anglais et ADN allemand

Crédit photo Bentley

Bentley Speed 8, esprit anglais et ADN allemand

La Bentley Speed 8 a marqué le début des années 2000 par sa ligne fluide et son dessin si affiné. Une voiture dont l’ADN est en partie venu d’outre-Rhin.

Dans la longue série de victoires signées Audi au cours des années 2000, deux exceptions sont notables. Peugeot, qui est parvenu à battre la marque aux anneaux en 2009, et Bentley, qui en a fait de même, en 2003. Mais à y regarder en détails, la victoire anglaise est une victoire au fort goût teuton. La Bentley Speed 8, aussi belle soit-elle, est perçue par beaucoup comme une « Audi » déguisée, à des pures fins de marketing. Une R8C avec un simple logo Bentley. Fantasme ? Pas totalement.

R8R, R8C : l’heure du choix

Tout commence par la volonté d’une marque, Audi, mais aussi d’un groupe, VAG, de disputer les 24 Heures du Mans, et de s’investir en endurance pour développer son image, et devenir une référence. Nous sommes en 1998/1999 à l’ère des GTP avec les Porsche GT1, Mercedes CLR et autres Toyota GT-one (lire à ce sujet 1999, l’édition qui a lancé l’endurance moderne). Audi adopte une approche très différente de la concurrence, et se projette déjà dans le futur. Les ingénieurs du groupe développent deux voitures : la R8R, une barquette (ouverte) et la R8C, un coupé (fermée).

Audi R8C en essais... sans logo Audi !

Audi R8C en essais… sans logo Audi !

Mieux classée, et plus facile à exploitée lors de l’édition 1999, la R8R servira de base globale pour développer ensuite l’Audi R8, qui reste à ce jour la voiture la plus impressionnante en endurance sur tous les continents, digne concurrente d’une Porsche 956 ou d’une Porsche 917 tant elle fut une arme redoutable, sur tous les circuits.

L’Audi R8C ne resta pas dans les cartons. Avec l’acquisition par le groupe VAG de la marque Bentley en 1998, la tentation de faire renaître la gloire de la marque en sport-automobile, à moindre frais, était tentante. Et la R8C servit de base au retour de Bentley. Puisque VAG s’est lancé en endurance en développant deux châssis très différents, ces deux voitures auraient très bien pu être badgées Audi ou Bentley, à la guise du groupe. C’est d’ailleurs cette facilité, cette souplesse, qui mena à la naissance de la Bentley EXP Speed 8 et au lancement du « Project Barnato », du nom de Woolf Barnato, seul pilote a s’être engagé trois fois aux 24 Heures du Mans et à toujours avoir triomphé (avec Bentley en 1928, 1929 et 1930).

Attention. La première Bentley EXP Speed 8 vue aux 24 Heures du Mans 2001 n’est pas qu’une simple Audi R8C modifiée. De même, la R8C n’était pas une R8R avec un toit. Sortez de votre esprit cette vision simplifiée selon laquelle une voiture « coupée » n’est qu’une barquette avec une structure ajoutée. Le flux d’air, la dégradation des pneus, le refroidissement : tout est différent.

La R8C, base de la EXP Speed 8

La R8C ne fut pas suffisamment testée et développée avant les 24 Heures du Mans 1999, et se retrouva bien plus loin en matière de performances comparée à la R8R. Voilà en partie ce qui expliqua le choix d’Audi de privilégier la R8R. Mais les organes les plus performants, et la philosophie globale de la R8C, servirent de base pour construire une nouvelle auto, la Bentley EXP Speed 8*.

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Peter Elleray, chargé du design de la R8C, s’occupe du dessin de la nouvelle Bentley EXP Speed 8 dès septembre 1999. Oui, l’air de famille est lié à un trait de crayon issu du même « père ». Un premier prototype est réalisé, baptisé ’00, mais ne fut jamais engagé en compétition (celui que l’on voit sur les premiers rendus communiqués en 2000 / 2001).

La voiture évolue, au fil des études, et devient la première EXP Speed 8 de 2001. La face avant évoque sans conteste la R8C, mais aussi la Toyota GT-one. En termes d’aérodynamique, le développement de la première EXP Speed 8 est digne d’un casse-tête. L’appui apporté par la partie avant est bon, mais le flux d’air apporté à la partie arrière est très difficile à réguler, du fait d’un aileron qui doit être placé très bas, comme l’impose le règlement.

2001, le retour !

2001, le retour !

En 2001, le moteur de l’ Audi R8 concurrente, un V8 turbocompressé de 3,6 litres, est utilisé. Oui, cette Bentley possède une ADN allemande, c’est indéniable. Le moteur Audi n’est monté qu’en mars 2001. Les essais avant cette date sont réalisés avec un Ford DFR, dont la puissance est équivalente. Au Mans, une voiture doit abandonner, boîte de vitesses bloquée en 6e à Arnage. L’autre voiture connaît des soucis similaires, mais parvient à les contenir. La troisième place finale des 24 Heures du Mans 2001 amène l’état major de VAG a réagir. Alors que les Audi dominent, comment faire triompher Bentley, sans que cette lutte interne au groupe ne mène à une débauche de moyens. La décision est prise de faire évoluer la Bentley EXP Speed 8 pour 2002, et de laisser Audi dominer encore, pour pouvoir signer trois succès de rang. Ensuite seulement, Bentley aurait le droit au triomphe, avec une nouvelle voiture, la Speed 8.

Le Mans 2002, la EXP SPeed 8 tente de nouveau l'aventure en Sarthe.

Le Mans 2002, la EXP Speed 8 tente de nouveau l’aventure en Sarthe.

Ainsi, dès le mois d’août 2001, au lendemain du retour de Bentley en Sarthe, l’étude pour le modèle de 2003 est lancée. En réalité, Peter Elleray avait même reçu la consigne de penser à une nouvelle auto avant l’édition 2001… Gene Varnier, assistant de Peter Elleray, dessine en premier la partie arrière de la Speed 8 nouvelle version. L’idée est de la rendre plus étroite, en intégrant l’aileron, pour renforcer la stabilité de la voiture. La fin de l’année 2001 est passée à mettre à jour la Bentley EXP Speed 8 de 2001. Ce n’est qu’au début de l’année 2002 que les études pour la nouvelle Speed 8 reprennent. En mai 2002, les essais en soufflerie sont menés (chez Swiss Aircraft Industry à Emmen en Suisse). Les essais sont réalisés par Peter Elleray lui-même, seul ou presque, appuyé par des ingénieurs Audi. Pour 2002, et ensuite pour 2003, décision est prise d’adoptée un moteur développé par Bentley, en lieu et place du moteur V8 essence bi-turbo issu de l’Audi R8, avec injection directe.

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2003, le retour gagnant

A la fin de l’année 2002, Audi annonce son retrait de l’endurance. Enfin, partiellement. Audi soutient des équipes privées qui veulent engager des R8 clientes, mais l’usine ne s’engage plus à titre officiel. En coulisse, tous les efforts du groupe Volkswagen et des hommes Audi Sport sont centrés sur… Bentley ! Les Audi sont engagées par Champion Racing, Audi Sport Japan Team Goh, ou encore Audi Sport UK. Chez Bentley, on retrouve de nombreux ingénieurs de chez VAG, et des « cadres » qui se chargeaient de l’engagement des Audi jusqu’à maintenant. L’équipe Joest s’occupe notamment de préparer les voitures.

La Speed 8 de 2003 est une toute nouvelle voiture : la partie avant est revue en profondeur, et apporte une plus grande charge aérodynamique, sans que la traînée ne soit affectée. Le refroidissement est revu et redimensionné, celui-ci étant trop imposant sur la version précédente. Exit la prise d’air sur le cockpit. D’ailleurs, la cellule, plus spacieuse pour le pilote, est en fait plus étroite et étirée. La filiation avec l’Audi R8C est visible, mais l’air de famille un peu dilué par le travail de fond mené depuis deux années. Des points d’ancrages sur la boîte de vitesses et sur le châssis sont repensés pour mieux accueillir les pneus Michelin, qui viennent remplacer les Dunlop, qui chaussaient avant les Bentley.

2003, la victoire, plus de 70 ans après le dernier succès des Anglais.

2003, la victoire, plus de 70 ans après le dernier succès des Anglais.

Si les Bentley ne parviennent pas à s’imposer aux 12 Heures de Sebring, course de préparation pour Le Mans, elles signent un doublé en juin. Plus rapides sur un tour, les Bentley Speed 8 connaissent une course régulière, sans faille. Les arrêts aux stands, bien que plus complexes à gérer du fait d’une voiture fermée, sont optimisés. Le travail des ingénieurs et des stratèges Audi paye, et Bentley décroche une victoire « marketing », qui annonce la renaissance de la marque. Au volant, Guy Smith, fidèle de l’aventure depuis 2001 (et pilote de réserve en 2002), accompagné de Dindo Capello et Tom Kristensen, prêtés par Audi. Allan McNish, alors sous contrat de pilote d’essais en F1 chez Renault, avait lui décidé de ne pas faire partie de l’aventure.

A la fin de l’année 2003, la nouvelle Continental GT de route était lancée, et allait redonner vie à la marque de luxe anglaise, dont l’esprit était en net déclin depuis des décennies. Le Mans a permis d’aider au retour de la flamme et du « british spirit ».

Alors, la Bentley Speed 8, une simple Audi R8C déguisée en Bentley ?

Pas si simple, finalement. Si les premières versions possèdent une « filiation » avec la R8C incontournable, la voiture victorieuse en 2003 s’en détache nettement. Et d’ailleurs, au jeu de l’ADN, n’oubliez pas que l’Audi R8R puis la R8 furent commandées aux Italiens de Dallara, tandis que la R8C fut commandée et construite avec l’aide des Anglais de Racing Technology Norfolk (RTN). Alors, qui est la vraie allemande ?

*On retrouve le nom Bentley EXP Speed 8 pour les versions 2001 et 2002, EXP signifiant Experimental et 8 fait référence à 8 cylindres. En 2003, la nouvelle auto se nomme simplement Speed 8, le EXP disparaît. 

La Bentley Speed 8, dans sa configuration 2003

La Bentley Speed 8, dans sa configuration 2003

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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