28 septembre 2021

Iron Dames, celles qui ferraillent avec les hommes

L'endurance a connu par le passé plusieurs engagements féminins. Individuels, parfois collectifs, mais jamais avec une telle abnégation et un tel engagement que le trio "Iron Dames" composé de Rahel Frey, Michelle Gatting et Manuela Gostner. Associées pour la troisième année consécutive en European Le Mans Series, elles entament en 2021 une campagne décisive. Désormais, il ne faut plus viser la victoire. Il faut la décrocher.

Un héritage à créer

Lorsque l'on se plonge dans la liste des femmes qui ont participé aux 24 Heures du Mans, c'est une soixantaine de noms que l'on trouve. Le meilleur classement d'une pilote - 4e - remonte à 1932 pour Odette Siko. Le nombre record de participations revient lui à Annie-Charlotte Verney, avec dix participations. Des équipages 100% féminins, il y en a eu 23. 23 sur plus de 4 300 équipages depuis la création de l'épreuve.

Alors, lorsqu'en 2019 Rahel Frey, Michelle Gatting et Manuela Gostner sont apparues, elles sont simplement venues insérer une ligne de plus à ce palmarès. Seulement ? Non. Elles ont débuté alors un programme qui se retrouve cette année dans sa troisième année. Alors que la plupart des engagements 100% féminins passés pouvaient être taxés de "coups" marketing, les trois pilotes sont là pour faire partie des acteurs, pas du décor. Leur courbe d'apprentissage est réelle, elles qui construisent leur propre héritage, faute de repères féminins nombreux. A la manœuvre, on retrouve Deborah Mayer, entrepreneur, pilote GT et Team Manager.

La montée en puissance en trois saisons

En 2019, la saison European Le Mans Series a été ponctuée par deux podiums (Le Castellet et Silverstone), dont le premier décroché lors de la manche inaugurale.

Premier podium dès la première course ELMS en 2019, au Castellet - photo FIA

En 2020, avec la structure Iron Lynx, le trio a signé trois podiums (à deux reprises au Castellet et à Monza). Surtout, les trois femmes voyaient pour la seconde année consécutive l'arrivée des 24 Heures du Mans. Une sacrée performance. Elles composent le premier équipage 100% féminin à voir l'arrivée depuis... 1977 ! Sur l'édition 2019, Rahel Frey raconte : "Aller au bout d’une course de 24 heures, c’est toujours quelque chose d’unique et nous l’avons vécu comme un soulagement. Michelle a assuré le dernier relais. Manuela n’a pas pu retenir ses larmes. Tous les membres de l’équipe avaient un grand sentiment de fierté".

De cette expérience fondatrice, de ce lien entre elles, il apparaît aujourd'hui une force. Une force qui va aboutir à la victoire. Si c'est Katherine Legge qui a un temps été annoncée en WEC pour cette année à la place de Michelle Gatting, puis Esmee Hawkey à la place de Manuela Gostner en ELMS, c'est finalement bien le trio initial, présent depuis le début du projet Iron Dames, qui est encore reconduit (au moins en ELMS et à Spa-Francorchamps en WEC, pas certain aux 24 Heures du Mans). Comme un symbole. Ces trois là ont un dernier effort à franchir, pour monter sur la plus haute marche du podium. Si elles y parviennent, elles vont libérer encore plus leur potentiel, et rien ne sera impossible.

Who rules the world? Girls !

Comme si l'ELMS ne suffisait pas à leur appétit, elles vont aussi s'engager cette année en Championnat du Monde d'Endurance (WEC). Les trois pilotes vont se frotter à une concurrence encore plus forte, cette fois avec une Ferrari frappée du n°85 (contre n°83 en ELMS).

C'est Rahel Frey qui sera une fois encore le cœur de ce programme : "C'est un grand plaisir de m'engager dans mon tout premier championnat du monde. Avec de plus en plus de talents féminins qui rejoignent notre équipe unique, je suis également très fière de prendre de plus en plus de responsabilités et de jouer un rôle de leader au sein des Iron Dames. Je préfère être le travailleur silencieux en arrière-plan, je n'aime pas être le centre de l'attention. Mais j'ai appris à élever la voix et à me montrer quand cela est nécessaire ! Parce que c'est à nous, les pilotes expérimentées, de guider les nouvelles venues, en rendant leurs débuts dans la course de haut niveau un peu plus faciles qu'ils ne l'étaient pour nous il y a des années. Ensemble, nous sommes toujours plus forts, c'est pourquoi nous continuons à aller vite et n'abandonnons jamais. J'ai hâte de voir quelles grandes choses nous pouvons réaliser tous ensemble à nouveau cette année". La concurrence est prévenue.

Le Mans 2020, Iron Dames - photo Geoffroy Barre
Le Mans 2020, Iron Dames - photo Geoffroy Barre

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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