2 décembre 2021

Le Mans 1995, l’occasion manquée des Français !

L’histoire retient des 24 Heures du Mans 1995 la victoire d’une McLaren F1 GTR. Un succès devenu mythique car inédit (il s’agit à ce jour de la seule victoire du constructeur anglais en Sarthe), avec une auto rare et exotique attirant toujours la passion. Mais 1995 avait tous les ingrédients pour être une édition bien différente. Ce sont notamment les Français qui tenaient une occasion de briller.

Les derniers seront les premiers

Avec 53 pilotes français au départ, 15 équipes tricolores et une représentation mixée dans toutes les catégories, on pouvait avoir espoir avant le départ d’entendre la marseillaise dimanche 18 juin 1995. Des bleus ont brillé. En LMP2 d’abord, avec une Debora LMP295 animée par un moteur Ford Cosworth 2,0 litres. Avec Patrice Roussel et Edouard Sezionale associés au Suisse Bernard Santal, l’équipe « Didier Bonnet » décrochait là sa première victoire de catégorie. Il s’agissait surtout de la première arrivée d’une Debora depuis que l’artisan s’engageait en 1993. Une victoire malgré une 20e place au général, synonyme de dernier équipage classé.

La performance pouvait être meilleure… mais un problème électrique tenace sur lequel l’équipe mettait du temps à mettre le doigt a retardé la marche. Puis, pendant l’épreuve, entre des débris ramassés sur la piste, des problèmes d’allumage (c’est le bobine qui était la cause de tous les malheurs) ou encore les bougies, la voiture passait de nombreux moments à son stand. Le rythme fut peu soutenu, avec 222 tours couverts (contre 298 à la Mclaren F1 GTR de Dalmas/Sekiya/Lehto), le tout en ne passant « que » 8 pneus pluies et 4 pneus slicks.

Courage échoue d’un souffle

Avec la Courage C34, Yves Courage disposait d’une voiture parfaitement adaptée au règlement et à la philosophie des WSC, capable de se battre pour la victoire. Cela fut le cas en permanence ou presque, la C34 pointant dans le trio de tête tout au long de la course. Mais sur la ligne d’arrivée, un tour manque. Deuxième place. Avec Bob Wollek, Eric Hélary et Mario Andretti, la voiture avait tout pour gagner.

Un équipage solide et expérimenté, une auto neuve mais riche de toute l’expérience Courage. Alors, quel fut le problème ? Après la course, le patron était sonné, n’arrivant pas à comprendre là où il avait perdu cette édition 1995. Sur la piste face à la McLaren qui marchait sur l’eau ? Dans les stands ? Dans la préparation, à cause d’un engagement réparti entre trois voitures (une C34 et deux C41) toutes motorisées différemment ?

La vérité est ailleurs.

C’est un peu de tout cela à la fois. Les conditions météorologiques dantesques de l’édition 1995 des 24 Heures du Mans ont favorisé les GT, qui pouvaient mieux transmettre la puissance disponible. La Courage au n°13 a aussi eu le droit à une belle figure dans l’enchaînement des virages Porsche le samedi soir. Une cabriole signée Andretti, nécessitant une réparation de 30 minutes. Mais pourtant, la C34 pouvait encore gagner. Le coup fatal intervenait dimanche. Un sponsor souhaitait que son logo soit visible sur le capot arrière et ordonnait le changement de celui-ci.

La Courage C34 n°13 avec son capot et ses sponsors américains – photo Dan Morgan

Malheureusement, la conséquence de la sortie de piste du début de course rendait l’opération problématique. Les attaches du capot étaient récalcitrantes. Ces grenouillères ne s’ouvraient pas comme prévu, et il fallait quatre minutes pour ce banal changement… qui coûtait bien la victoire à Yves Courage et ses hommes. Car la C34 était la plus rapide le dimanche avec une piste séchante.

WR, espoirs douchés

Les prototypes étaient annoncés comme les grands favoris de cette édition 1995. Et puisque les constructeurs n’étaient pas là, les équipes comme WR faisaient figure de privilégiés. D’ailleurs, aux essais, cette suprématie était confirmée. Deux WR monopolisaient la première ligne. Les évocations à Jean Rondeau et à son succès de 1980, ou même encore plus proche le succès des Peugeot 905 faisaient briller les lueurs d’espoirs d’une victoire française. Il n’en sera rien. William David signait l’exploit de la pole position, puis les WR n°8 et n°9 s’échappaient en début de course.

WR, l’étoile filante des 24 Heures du Mans 1995 – photo Dan Morgan

Mais les problèmes mécaniques se succédèrent sur la n°9. La n°8, elle, était hors-course très tôt, après 33 boucles. Patrick Gonin partait dans une série de tonneaux latéraux sans toucher le mur avant le freinage de Mulsanne. Jamais WR ne retrouva ensuite cette vitesse affichée en début des 24 Heures du Mans 1995…

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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