28 novembre 2022

Alpine en Hypercar : l’aboutissement de 10 ans d’ascension

En 2022, Alpine va s’engager pour une 10e campagne en Championnat du Monde d’Endurance (WEC). Un nouvel effort, avec des ambitions sportives logiquement réduites face aux « vraies » Hypercars, et notamment aux Toyota GR010 Hybrid dominatrices en 2021. Mais il ne faut pas sous-estimer le A fléché dont l’engagement en endurance va progresser en 2024. Alpine présentera alors aux épreuves du WEC deux voitures conçues autour d’un châssis Oreca, et surtout d’un moteur Alpine développé à Viry-Châtillon issu du savoir-faire de la Formule 1. En attendant cette nouvelle ascension vers les sommets – et pourquoi pas une victoire au général – replongeons dans l’histoire récente de la marque de Dieppe.

2013-2020 – La renaissance en LMP2 et la quête de notoriété

C’est en 2013 que l’histoire moderne d’Alpine en endurance a repris. Comme l’épopée des années 60, avec des victoires à l’indice énergétique en 1964, 1966 et 1968, et l’indice de performance en 1968 et 1969, Alpine a brillé dès les débuts : en European Le Mans Series (ELMS) Alpine a décroché les titres pilotes et équipes en 2013 et 2014 ! Nommée Alpine A450, l’Oreca 03 rebadgée servant de base emportait tout sur son passage. Suivirent deux titres – toujours en LMP2 – en WEC en 2016 et 2019 et trois victoires aux 24 Heures du Mans (2016, 2018 et 2019). C’était alors avec une Oreca 05 (renommée Alpine A460) puis 07 (rebadgée A470) que les succès s’enchainaient. Des succès qui contribuaient à la renaissance de la marque mythique, alors qu’elle n’assemblait pas encore de véhicules.

2013, les débuts d’Alpine pour sa nouvelle aventure en endurance

Car depuis ce retour de 2013, on a longtemps pu reprocher à Alpine une présence purement « marketing », aucune pièce issue d’un modèle de la marque ou dérivée d’une manière même éloignée n’est présente en compétition. Se conformant aux règles de la catégorie LMP2, Alpine s’est offert une campagne de communication puissante, tournée vers les passionnés. « Je préfère choisir de revenir avec une évolution d’un châssis Oreca 03 car j’ai trouvé cela conforme à l’esprit de la marque. Avant de créer ses voitures, Jean Rédélé avait commencé avec des 4CV Préparées » confiait en 2013 Carlos Tavares, alors directeur général délégué aux opérations de Renault et à la manœuvre pour le programme.

2015, dernière tentative avec une barquette

On pensait que la présence en LMP2 prendrait fin en 2018. Car, par définition, le LMP2 est réservé aux équipes privées, pas aux constructeurs.  Le 15 décembre 2017, lorsque la production de l’Alpine A110 nouvelle génération débutait, et que le premier modèle était livré en mars 2018, on pensait le passage en LMP1 acté, logique . Comme un moment fort à saisir pour monter dans la cour des grands. Mais non. La marque ne devait en théorie plus apparaître en LMP2. Elle y resta encore trois saisons.

Le Mans 2016, toujours avec Oreca !

« Quand ils sont revenus en LMP2, ils ne produisaient pas de voitures et on ne pouvait pas les considérer comme un constructeur et c’est pour ça qu’on les avait admis en LMP2, expliquait en 2017 Pierre Fillon, le Président de l’Automobile Club de l’Ouest (ACO). Tant qu’Alpine ne produira pas de voitures, ils pourront rouler en LMP2. Il est évident que le jour où ils produiront des voitures, il faudra bien appliquer le règlement » expliquait le Président. Et pourtant. L’ACO a fait preuve de tolérance.  Ce n’est qu’en 2021 qu’Alpine a assumé son statut de constructeur, se lançant dans le grand bain de l’Hypercar… avec une LMP1 ! Oui, chez Alpine, vous commencez à le comprendre, on ne fait jamais rien comme les autres.  

La montée en puissance du programme Alpine ici au Mans 2017

2021-2022 – Alpine en Hypercar, enfin

Alpine A480. C’est sous ce nom que le prototype engagé en Hypercar a pris la piste en 2021 et s’apprête à le faire encore en 2022. Encore une fois, rien ne venant des usines de la marque sous la robe bleue de l’auto. Mais cette fois-ci, l’histoire est un peu plus complexe. Alpine, via la structure qui se charge de son engagement en endurance Signatech, a repris les actifs de l’équipe Rebellion Racing. L’A480 est ainsi une Rebellion R13 elle-même dérivée de l’Oreca 07, déjà vue aux 24 Heures du Mans de 2018 à 2020, et issue d’un règlement de 2017. Vous suivez toujours ? Pas vraiment la meilleure arme pour se battre aux 24 Heures du Mans face à des Hypercars, et en particulier la nouvelle création de Toyota. Sans système hybride, l’A480 a trouvé comme adversaire régulier les Glickenhaus 007 LMH la saison passée. Les Japonais restant intouchables sur la durée d’une épreuve d’endurance.  

2021, débarquement en Hypercar avec une LMP1

« C’était la seule solution » confiait Philippe Sinault dans nos colonnes (AH n°2304 de mars 2021). La seule solution pour pouvoir passer une étape supérieure et aller (enfin) se frotter à la concurrence pour la victoire générale, sans avoir à construire une toute nouvelle voiture. La seule solution viable financièrement aussi, Alpine restant un « petit » constructeur et n’ayant pas un budget extensible pour ferrailler et en endurance et en Formule 1 (la mise en place des budgets capés en Formule 1 a contribué au double programme d’Alpine). Car la réalité économique, qui a frappé ces dernières années le Groupe Renault et mené à un plan stratégique (la Renaulution) percute directement les ambitions sportives.

 Alpine s’assure un bon niveau de marges avec ses A110 vendues à un prix voisin de 70 000 €, et peut se permettre de fabriquer en France. Mais les ventes sont encore trop timides . 2659 véhicules vendus sur l’année 2021 après 1527 unités seulement en 2020, année noire pour le marché automobile mondial. Alpine utilise la Formule 1 pour la notoriété et la conquête mondiale, l’endurance apparaît – pour le moment – comme le complément ciblant les passionnés, mais devant surtout ne pas coûter d’argent. En remporter même.

2022, une prise de hauteur avant la bascule en LMDh

2024 – Le programme LMDh inscrit dans la durée

Si l’attitude permissive de l’ACO et les errements d’Alpine repoussant sans cesse un passage à l’échelon supérieur sont critiquables, la réalité est devant nous. Le constructeur tout juste revenu à la vie, ambassadeur d’une certaine image de la sportivité à la française, va revenir au sommet de l’endurance. La promesse est tenue. Surtout, des garanties sont apportées. Alpine se projette sur quatre années à compter de 2024. On nous promet une complémentarité entre les programmes avec un travail sur le moteur et la carrosserie confié aux équipes d’Enstone. « En concourant à la fois en Formule 1 et en Endurance, Alpine sera une des rares marques à être présente dans les deux disciplines phares du sport automobile. Nous tirerons le meilleur de la Formule 1 et de l’Endurance au travers de synergies techniques et technologiques pour prendre l’avantage sur des adversaires prestigieux » confiait il y a peu à ce sujet Laurent Rossi, l’actuel patron de la marque.

Celui-ci a commencé les grands mouvements en Formule 1, restructurant complètement l’équipe. Ingénieur de formation, il a pris le temps d’observer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas pour en tirer des conclusions et redonner à l’équipe de nouveaux objectifs. Qu’en sera-t-il en endurance ? L’équipe Signatech de Philippe Sinault apparaît comme un partenaire historique, dont il serait difficile de se séparer. Spécialiste de la monoplace (Formule 3 et Formule Renault) lorsqu’elle a pris en charge le programme Alpine en 2013, l’équipe de Bourges peut désormais se vanter d’être une référence en sport prototype. Signatech et Alpine, deux noms indissociables.

Une nouvelle belle histoire tricolore est en marche. Alpine affrontera en piste Peugeot et sa 9X8 Hypercar. Peugeot, un constructeur que Signatech connaît bien. Fin 2011, avant que la marque de Sochaux ne mette fin à son programme endurance, un accord avait été signé pour que les hommes de Philippe Sinault engagent une 908 (sur le même modèle déjà vu avec Oreca ou Pescarolo Sport). Une épopée qui n’a jamais vue le jour, Signatech rebondissant avec le programme Alpine et le succès qu’on lui connaît désormais.

Crédit photo : DPPI / Alpine

Geoffroy Barre

Tombé dans l'endurance tout petit. Mon père m'a mis dans les mains des Porsche 917, des Mercedes C9 et des Peugeot 905, pendant qu'il allait au Mans. Depuis, nous traversons l'Europe et le monde ensemble pour voir tourner des bagnoles. Je suis rédacteur web freelance, spécialiste de l'endurance.

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Une réflexion sur « Alpine en Hypercar : l’aboutissement de 10 ans d’ascension »

  1. Merci pour cet article très intéressant, une question cependant : Pourquoi l »Alpine ne dispose que d’un réservoir de 75 litres contre 90 litres sur les autres Hypercars ? cela me semble être un gros désavantage, on a vu au Mans que le nombre supérieur des ravitaillements ne lui permettaient pas d’être dans le coup pour la victoire, indépendamment des problèmes rencontrés, ça c’ets la course et cette année la fiabilité n’était pas au rendez-vous, dommage cela aurait pimenté un peu le cavalier seul des Toyota.

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