Seize ans après avoir piloté une Ford GT au Mans, Romain Grosjean pourrait bien retrouver la marque pour un nouveau chapitre de sa carrière en endurance. À quelques jours des 24 Heures de Daytona où il sera au volant d'une Mustang GT3, le Franco-Suisse a clairement affiché ses ambitions concernant le programme LMDh de Ford qui débutera en WEC en 2027.
"Le LMDh fait probablement partie de mon avenir"
Interrogé par Sportscar365 à Daytona, Grosjean n'a pas éludé la question d'une possible collaboration avec le programme Hypercar de Ford. "Pour répondre plus largement, le LMDh fait probablement partie de mon avenir", a-t-il déclaré. "J'ai vraiment apprécié de piloter en LMDh en IMSA, de disputer Le Mans il y a deux ans. Les prototypes, c'est là où je me sens le plus efficace et où je performe le mieux."
La franchise du pilote révèle une stratégie de carrière claire après son départ de Lamborghini en novembre dernier, suite à l'arrêt du programme SC63. "Ford est une marque fantastique et je crois qu'ils feront les choses bien. Donc oui, je ne vais pas mentir, ce serait une bonne opportunité si elle se présente", a-t-il ajouté.

La participation de Grosjean aux 24 Heures de Daytona 2026 avec Myers Riley Motorsports s'inscrit dans cette logique. Aux côtés de Sheena Monk, Felipe Fraga et du pilote du Ford Racing Development Team Jenson Altzman, le Français disputera la classique floridienne sur la Mustang GT3 EVO #16.
Comme l'analyse The Race, ce choix n'est pas anodin : "Grosjean connaît déjà bien Riley Motorsports puisque l'équipe a géré la SC63 de Lamborghini en IMSA cette année, donnant à Riley une visioon de son rythme et de son professionnalisme." Même si Grosjean a avoué à Petit Le Mans préférer les prototypes aux GT, refuser cette offre aurait été une erreur stratégique pour maintenir sa visibilité auprès des constructeurs.
Une Mustang qui lui convient mieux que la Lamborghini
Fait intéressant, la Mustang GT3 EVO constitue la première GT à moteur avant que Grosjean pilote dans sa carrière. Son expérience en GT se limitait jusqu'ici à la Ford GT à moteur central de Matech Competition en 2010 et à la Lamborghini Huracan GT3 EVO2 lors de trois apparitions en GTD Pro entre 2023 et 2024.
"C'est une grosse voiture", confie-t-il. "Elle roule pas mal, simplement à cause de sa taille. Quand j'étais dans la Lambo, il y a eu un changement avec la mise à jour Evo et je galérais vraiment au freinage avec l'ABS. J'ai senti que j'étais beaucoup plus à l'aise dans la Mustang. Au freinage, c'était mieux pour moi." Le pilote se dit également satisfait du travail réalisé sur le kit EVO de la Mustang.

Ford a récemment dévoilé ses trois premiers pilotes pour le programme Hypercar 2027 : Logan Sargeant, Mike Rockenfeller et Sebastian Priaulx piloteront le prototype LMDh à châssis ORECA équipé d'un V8 atmosphérique de 5,4 litres développé en interne. Mais le constructeur américain pourrait avoir besoin d'un autre pilote expérimenté, capable d'apporter son expertise technique et sa vitesse prouvée en prototype. Inévitable pour pouvoir faire monter une jeune pousse américaine à côté. Il faut des "piliers", et Romain Grosjean en est un.
Grosjean coche toutes les cases : deux saisons en GTP avec Lamborghini où il a décroché le meilleur résultat de la SC63 (quatrième à Petit Le Mans), une expérience en F1 et IndyCar qui lui confère une capacité d'analyse technique poussée, et surtout une réelle appétence pour le développement.
Le retour aux sources seize ans après
L'histoire entre Grosjean et Ford ne date pas d'hier. En 2010, alors qu'il naviguait entre sa première expérience en F1 et sa quête d'un baquet permanent, le jeune pilote avait disputé les 24 Heures du Mans au volant d'une Ford GT Matech en catégorie GT1, aux côtés de Thomas Mutsch et Jonathan Hirschi. Cette expérience sarthoise, bien qu'elle se soit soldée par un abandon, marquait déjà l'affinité du pilote avec l'endurance et avec la marque américaine.
Seize ans plus tard, le contexte a radicalement changé. Grosjean n'est plus un espoir de la F1 mais un pilote aguerri, passé par les plus hautes sphères du sport automobile. Ford, de son côté, ne revient pas au Mans avec une GT1 privatisée (l'aventure de Martin Bartek était à peine soutenue, rejetée au départ) mais avec un programme Hypercar d'usine, porté par l'ambition familiale des Ford et la détermination affichée de Bill Ford : "Cette voiture doit aller au Mans et elle doit gagner. Point final." L'ambitieux projet de Ford semble très bien structuré.

Cette saison servira de test grandeur nature. Les performances de Grosjean aux 24 Heures de Daytona et sa capacité à s'intégrer rapidement dans l'écosystème Ford seront scrutées de près. Myers Riley Motorsports, nouvelle entité née de l'alliance entre Riley Motorsports et 3 Dog Garage, devra elle aussi faire ses preuves avec la Mustang GT3, une voiture réputée exigeante mais que l'on attend compétitive après les évolutions apportées avec le package EVO.
Si les astres s'alignent, Romain Grosjean pourrait bien se retrouver en juin 2027 sur la grille de départ des 24 Heures du Mans dans une Hypercar Ford, bouclant ainsi la boucle d'une carrière marquée par sa capacité à rebondir et à saisir les opportunités. En attendant, Daytona sera le premier chapitre de cette nouvelle histoire.
