Quand deux frères passionnés de sport automobile décident de transformer une Renault Twingo en voiture de course conforme au règlement des 24 Heures du Nürburgring, on pourrait s'attendre à une belle histoire. Mais la trajectoire du projet porté par le RauhRacing est finalement stoppée. Chronologie d'une épopée kafkaïenne du sport automobile amateur.
Une préparation dans les règles de l'art
Tout commence en octobre 2024 de la manière la plus orthodoxe qui soit. RauhRacing contacte le DMSB (la fédération allemande de sport automobile) et l'organisateur des 24H Nürburgring avec une question simple : une Renault Twingo construite selon les spécifications de la classe SP3 peut-elle participer à la course ? La réponse est claire : "rien ne s'oppose" à cette participation, tant que le règlement est respecté.
Sur la base de cette confirmation écrite, l'équipe se lance. En février 2025, des échanges techniques constructifs avec l'organisateur affinent les détails de construction. Personne ne soulève d'objection au concept lui-même ou à la sécurité du projet. RauhRacing investit alors une somme à cinq chiffres, construit méthodiquement la voiture exactement selon les spécifications convenues, et boucle même 30 tours de la Nordschleife lors du shakedown en juin 2025, pendant la semaine même de la course.

Le 24 octobre 2025, l'équipe franchit une étape décisive : la Twingo reçoit la certification DMSB officielle pour la classe SP3, après deux heures d'inspection technique approfondie. Arceau, harnais, réservoir, tout est conforme aux standards appliqués aux GT3 et GT4. La voiture est officiellement autorisée à courir.
C'est à ce moment que le récit prend une tournure surréaliste, selon les propos rapportés par l'équipe elle-même. Le 4 septembre 2025, RauhRacing reçoit un email de l'organisateur affirmant que "personne" de l'équipe ne les a jamais contactés. Pourtant, la confirmation écrite de 2024 et les échanges techniques de février 2025 existent noir sur blanc (toujours selon l'équipe). Dans ce même email, la Twingo est décrite comme un "risque potentiel pour la sécurité", l'organisateur indique qu'aucune participation aux 24H ne peut être attendue, et demande à l'équipe de cesser toute communication publique suggérant qu'elle courra.
La fin des projets bricolés
La suite ? Des semaines d'échanges où RauhRacing renvoie à l'organisateur ses propres confirmations écrites, puis une demande soudaine d'une "présentation formelle du projet" – une étape qui, selon d'autres équipes, n'est jamais requise et n'apparaît nulle part dans le règlement. Lors de la réunion d'octobre, l'organisateur admet ouvertement ne plus vouloir de voitures "comme la Twingo" (sous-entendues : les voitures "lentes" sous le niveau GT4, comme la Dacia Logan ou l'Opel Manta) aux 24H Nürburgring.
Le paradoxe est frappant : des équipes établies avec des voitures similaires (Dacia Logan, BMW E36 318ti) peuvent continuer à courir grâce au "grandfathering" (droits acquis), mais les nouveaux entrants se voient refuser l'accès. Quand RauhRacing demande pourquoi, aucune raison substantielle n'est fournie. Les violations concrètes du règlement ? Inexistantes. Les problèmes de sécurité documentés ? Aucun.

"Nous comprenons qu'aucun organisateur n'est obligé d'accepter toutes les voitures", écrit l'équipe dans son communiqué de janvier 2026. "Notre préoccupation n'est pas que des standards existent, mais qu'ils soient de plus en plus appliqués de manières informelles, sélectives et difficiles à comprendre pour les équipes concernées."
Pour RauhRacing, le calcul devient impossible. Préparer correctement une participation aux 24H Nürburgring nécessite d'engager des mois à l'avance un budget élevé, pour la fiabilisation du moteur, les pneumatiques, les frais d'engagement, la logistique. Pour une petite équipe construite avec un atelier partagé et des bénévoles qui donnent de leurs soirées, cet argent ne vient pas d'un budget constructeur mais d'économies personnelles.
"Ce que nous ne pouvons accepter, c'est un scénario où nous engageons des dizaines de milliers d'euros, des mois de travail et notre propre santé dans un projet où le facteur décisif n'est plus notre préparation, mais des conditions informelles et changeantes que nous ne pouvons ni influencer ni même pleinement comprendre", explique l'équipe. "Ce n'est pas une belle histoire de challenger, mais un pari bien au-delà d'un week-end de course."
Résultat : malgré une voiture totalement conforme au règlement et prête à courir, RauhRacing ne s'engagera pas aux 24 Heures du Nürburgring 2026.
Le sport automobile "amateur" et sa place
Au-delà du cas particulier de la Twingo, RauhRacing soulève une question plus large : que reste-t-il du sport automobile amateur dans les grandes courses d'endurance ? L'équipe pointe une évolution qu'ils ne sont pas les seuls à observer : "Dans beaucoup de séries, la majorité de la grille est composée de concurrents très fortunés pour qui courir est avant tout un hobby coûteux, aux côtés de programmes constructeurs ou soutenus par des constructeurs. Entre ces deux pôles, seule une poignée de véritables équipes privées subsiste."
L'abandon des 24H Nürburgring ne signifie pas la fin de la Twingo. La voiture existe, l'équipe existe, et la communauté de plus de 75 000 personnes qui suit le projet sur Instagram est plus forte que jamais. En 2026, RauhRacing fera courir la voiture dans des championnats d'endurance outre-Rhin.
Via Vincent Bruins
