Hans Herrmann (1928-2026) : La disparition d'une légende de l'endurance

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Le monde du sport automobile vient de perdre l'une de ses plus grandes figures historiques. Hans Herrmann s'est éteint à l'âge de 97 ans, emportant avec lui des décennies de souvenirs d'une époque dorée du sport automobile.

texte Geoffroy Barre
photo Porsche

Dernier pilote de Formule 1 encore en vie à avoir terminé sur le podium dans les années 1950, il restera à jamais dans l'histoire comme l'homme qui offrit à Porsche - avec Richard Attwood - sa première victoire absolue aux 24 Heures du Mans.

Né le 23 février 1928 à Stuttgart, Hans Karl Walter Herrmann avait une destinée toute tracée dans la boulangerie-pâtisserie familiale. Le jeune Hans avait été apprenti pâtissier pour éviter l'enrôlement dans l'armée pendant la guerre. Mais ses idoles d'enfance - Rudolf Caracciola et Bernd Rosemeyer - l'appelaient vers d'autres horizons.

Hans Herrmann ici en 2007

C'est grâce au sacrifice de sa mère, qui vendit le bracelet en or offert par son époux assassiné en 1936, qu'Hans put acquérir sa première Porsche 356 1100cc en 1951. Cette voiture allait sceller son destin avec la marque de Zuffenhausen pour les deux décennies suivantes.

"Hans im Glück", le miraculé des circuits

Si Hans Herrmann a marqué l'histoire par ses victoires, c'est aussi par ses spectaculaires échappées qu'il est entré dans la légende. L'épisode le plus célèbre reste celui des Mille Miglia 1954. Alors qu'il fonçait avec son copilote Herbert Linge dans leur Porsche 550 Spyder, les barrières d'un passage à niveau se fermèrent brusquement devant eux. Impossible de freiner à temps. Herrmann tapota l'arrière du casque de Linge pour l'inciter à se baisser, et le petit spider passa in extremis sous les barrières, juste avant le passage du train express pour Rome. Un coup d'audace qui stupéfia les spectateurs et valut à l'équipage un nouveau succès de classe.

Carrera Panamericana, Mexico, 1954, Hans Herrmann sur Porsche 550 Spyder

Mais l'image qui immortalisa son surnom de "Hans im Glück" (Hans le chanceux) date du 2 août 1959 sur l'AVUS de Berlin. Victime d'une défaillance des freins à 280 km/h, sa BRM partit en tonneaux spectaculaires. Herrmann fut éjecté et glissa sur la piste tandis que sa monoplace virevoltait dans les airs. La photo de Julius Weitmann, saisissant ce moment surréaliste, fit le tour du monde. Une large cicatrice sur l'un de ses bras lui rappela toute sa vie ce moment suspendu, un accident survenu le lendemain de la disparition de son ami Jean Behra, dans une course annexe. "J'ai d'abord volé dans les airs dans la voiture, sur 70 mètres, puis j'ai été éjecté en raison de l'absence de ceinture. C'est d'ailleurs ce qui m'a sauvé la vie ! Puis j'ai glissé 60 mètres sur le sol, et ma seule cicatrice fut celle-ci" racontait Hans Herrmann dans les colonnes d'Auto Hebdo en 2014 (un témoignage à retrouver dans le collector Le Mans en 24 Heures de juin 2025).

L'artisan de la gloire de Porsche

Membre du team officiel Porsche dès 1953, Hans Herrmann connut une parenthèse prestigieuse chez Mercedes-Benz en Formule 1 (1954-1955), où il côtoya Juan Manuel Fangio et Stirling Moss, décrochant notamment un podium au Grand Prix de Suisse 1954. Mais c'est avec Porsche qu'il bâtit sa légende.

Herrmann accumula plus de 80 victoires entre 1952 et 1970. Parmi ses faits d'armes : les 12 Heures de Sebring et la Targa Florio en 1960, les 24 Heures de Daytona 1968, et de nombreux succès de classe dans les plus grandes épreuves d'endurance.

Ici à gauche, Hans Herrmann accompagné de Richard Attwood, avec qui il a remporté Le Mans en 1970

Après avoir manqué la victoire pour seulement 120 mètres en 1969 face à Jacky Ickx au terme d'un final d'anthologie, Herrmann revint au Mans en 1970 avec une promesse faite à son épouse Magdalena : il raccrocherait en cas de victoire.

Au volant de la Porsche 917K rouge et blanche n°23 qu'il partageait avec Richard Attwood, Herrmann appliqua une stratégie sage et calculée. Tandis que les "lièvres" s'entretuaient en début de course, le duo germano-britannique resta au contact, attendant son heure. La patience paya : sous une pluie diluvienne qui décima le plateau, ils s'imposèrent, offrant à Porsche sa première victoire absolue dans la Sarthe. Un moment historique détaillé sur les24heures.fr.

Une retraite bien méritée

Fidèle à sa promesse, Hans Herrmann mit un terme à sa carrière à 42 ans, au sommet de la gloire. Il avait déjà perdu trop d'amis sur les circuits - Jean Behra, Wolfgang von Trips, Gerhard Mitter - et préféra se consacrer à sa famille et à son entreprise Hans Herrmann Autotechnik.

Resté proche de Porsche et du milieu automobile, il fut régulièrement aperçu au volant de voitures historiques lors de démonstrations, membre du jury du Goldenes Lenkrad pendant 30 ans, et témoin privilégié d'une époque où le courage le disputait à la technique rudimentaire.

Le Mans 1970, la victoire avec la 917 K

Avec la disparition de Hans Herrmann, c'est une page entière de l'histoire du sport automobile qui se tourne. Il laisse derrière lui l'image d'un pilote complet, rapide et fiable, chanceux certes, mais surtout immensément talentueux. Un homme qui sut partir au bon moment, en vainqueur, après avoir donné à Porsche ses premières lettres de noblesse en endurance.

Image à la une : Hans Herrmann aux 1000 km du Nürburgring, 1959, au volant d'une Porsche 718 RSK

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