En décidant de dédoubler son événement majeur sur circuit pour l’organiser chaque année, Peter Auto a brisé un mur, cassé un système en place depuis près de 25 ans. Désormais, Le Mans Classic ne se tiendra pas tous les deux ans, maïs reviendra bien au début de chaque été, dans la foulée des 24 Heures du Mans.
Tout a changé, rien n’a changé
En arrivant sur le grand Circuit des 24 Heures du Mans en s’attendant à (re)vivre une édition « habituelle » du Mans Classic, le risque d’être déçu était fort. Depuis Le Mans 2025 et l’annonce officielle du passage au rythme annuel, ou encore à Rétromobile en début de saison, les équipes Peter Auto n’ont cessé de répéter le message. Ce Le Mans Classic Legend était pensé pour célébrer le passage au turbo, les grandes années de l’endurance prototype, la montée technologique et les prémices de l’hybride en compétition, avec les dernières LMP1 sans aide électrique.
Puisque Le Mans a fêté ses 100 ans, et que le temps file, insaisissable, il était devenu indispensable de rajeunir la formule.

Les Jaguar Type D et Type E qui dansent à la Dunlop, les Bentley des années 20 qui nous ramènent au temps des pionniers, ou encore les petites françaises victorieuses à l’indice de performance n'allaient pas être de la fête. Chassées ? Non. Mais puisque Le Mans a fêté ses 100 ans, et que le temps file, insaisissable, il était devenu indispensable de rajeunir la formule.

Les plateaux traditionnels engagés en compétition (déclarés vainqueurs dans leur période) au nombre de six sont désormais 10. Les cinq plus anciens que l’on connaît pour Le Mans Classic Heritage, les cinq plus récents pour Le Mans Classic Legend. En divisant ainsi l’événement, l’objectif est de proposer deux capsules temporelles.
- Heritage, en 2027, sera proche du Mans Classic connu. Le vert devrait y être dominant, les voitures et les visages connus.
- Legend a cassé les codes, en réunissant des voitures encore récentes, peu vues en piste par la plupart des spectateurs, sauf à se rendre sur les meetings Le Mans Classic Series depuis deux ans. On pouvait voir des GT3 que l’on s’imagine croiser à Francorchamps, des GTE comme aux 24 Heures du Mans modernes.
Et c’est bien ce changement radical qui a déstabilisé, il faut en convenir. Pas encore respectables les LMP2, LMP900, GTS et autres GTE AM ? Si, mais avoir une majorité de voitures capables d’avaler les Hunaudières à plus de 300 km/h bouscule. Le Mans Classic, avec sa « quiétude » habituelle, ses rituels, ses rites, sa relative douceur de vivre malgré un nombre de spectateurs ayant atteint en 2025 un point haut, a connu en 2026 un changement. La formule initiée en 2002 par Patrick Peter a vécu.

Contester cette nouvelle formule, par conservatisme, c’est nier l’évolution qui a accompagné Le Mans depuis 30 ans, et vouloir confiner l’histoire à un demi-siècle.
La force du nom, la difficulté du nombre
Le Mans Classic n’est pas cassé. Ne voyez pas en cette édition la 13e du nom. Il faut, je le crois, bien comprendre que Le Mans Classic entame une nouvelle phase, et ce Legend 2026 est en fait la première pierre d’un édifice qui va se structurer.

Oui, certains plateaux étaient assez pauvres, en particulier du côté du Group C (plateau 7), si riche par le passé. Pas de Mercedes, Peugeot ou Toyota. Dans les plateaux Endurance Racing Legends (8 et 9), là encore une sélection parfois surprenante, entre autos emblématiques et d’autres plus anonymes, faisant le nombre. Et lorsque certaines autos appliquent sur leurs flancs des stickers du pesage des 24 Heures du Mans sans pourtant jamais n’y avoir pris part en période, on se perd, on quitte nos repères, et la ligne conductrice initiés au tournant du siècle.

Rouler sur le grand tracé reste un privilège rare, une occasion unique, désormais proposée annuellement, qui continuera de donner à l’événement - peu importe sa déclinaison - une force d’attraction.

Le Mans Classic n’est pas cassé, aussi, car rouler sur le grand tracé reste un privilège rare, une occasion unique, désormais proposée annuellement, qui continuera de donner à l’événement - peu importe sa déclinaison - une force d’attraction. Le Mans. La légende. Il reste deux ans pour préparer une nouvelle édition revue, avec des plateaux plus complets, et une célébration de l’épreuve qui retrouvera sa place centrale.
La Nascar au Mans
Ce qui a dérouté bien des observateurs, tant parmi les confrères des médias, des concurrents ou simples spectateurs, c’est le lien parfois perdu avec le double tour d’horloge. Avec un plateau dédié aux Ferrari Challenge, un autre aux anciennes Porsche Cup, ou encore les GT3 et les fameuses Nascar, l’histoire des 24 Heures du Mans avait par moment du mal à s’imposer au regard.

Le spectacle a été assuré. Les Nascar ont eu le coup de cœur du public, avec un paddock aux accents américains soigné, dans lequel on pouvait passer des heures. Les GT3, dont la formule est désormais adoptée au Mans, ont apporté 10 marques, de la bataille en piste, et ne peuvent qu’attirer encore plus de fans à mesure que des voitures exotiques vont s’inscrire. Mais où est Le Mans ? Peu de mises en avant thématiques ont eu lieu, alors que la matière était là.

La Panoz LMP-1 Roadster S d’Oliver Galant (vainqueur en plateau 8) et la Courage C52 de Xavier Micheron, notamment, étaient toutes les deux échappées de l’édition du siècle de 1999. Si une Toyota GT-One (comme déjà vue en 2023 avec François Perrodo), une Ferrari 333 SP ou une BMW V12 LMR pouvaient trouver le chemin de la piste, on pourrait recréer des moments forts du passé, des images que les quarantenaires ont encore sur la rétine.

C’est dans cette voie, je le crois, qu’il va falloir poursuivre : mobiliser les constructeurs pour qu’ils apportent leurs autos les plus récentes (comme Porsche avec les 911 GT1, GT1 EVO et GT1-98) pour créer des réunions de ces anciennes. Car il n’y a pas que la compétition qui compte. L’un des temps forts du week-end a été le passage, à trois reprises, de l’authentique Mazda 787B victorieuse des 24 Heures du Mans 1991. Un moment de pur frisson, exactement dans l’ADN du Mans, qui répond à ce que nous venons tous chercher en ce début juillet.


