Au crépuscule du mois d'août, quand la lumière du Var s'étire sur le plateau du Castellet, Peter Auto a retrouvé le chemin le plus sûr de sa saison. La 16e édition des Dix Mille Tours n'était pas un rendez-vous parmi d'autres : depuis plus de quinze ans, ce week-end fait office de repère, de mètre-étalon presque, lui qui fut en 2010 le tout premier événement à réunir les séries « by Peter Auto ».
Le rappel n'a rien d'anodin. Après les débuts contrariés du Mans Classic Legend en juillet - critiqué, par certains, pour des plateaux resserrés, moins denses que les années précédentes, et pour une ouverture jugée trop large au moderne -, c'est la formule rodée de la compétition historique qui a repris ses droits, le temps d'une parenthèse varoise. Et la réussite, une fois encore, est totale.

Les chiffres en disent une partie : 500 voitures de clubs dans l'enceinte, des sessions de roulage proposées aux propriétaires tout au long des journées, et plus de 300 autos engagées en course. Le reste se lit entre les lignes. Oui, l'Heritage Touring Cup 2, née au mois de mai seulement, à Spa Classic, mérite encore d'être étoffé : huit voitures ce week-end. Oui, d'une saison à l'autre, l'Endurance Racing Legends 1 voit des machines venir et repartir sans prévenir. Comment expliquer au public la présence, en 2025, de plusieurs Audi R8 LMP, de Maserati MC12 ou de McLaren F1 GTR, toutes absentes de cette édition ?
C'est la loi du genre. La compétition historique vit d'un écosystème solide mais mouvant, où les voitures se déplacent au gré des envies, des calendriers et des fortunes des pilotes et des préparateurs. Aucune stabilité possible d'une année sur l'autre, ce qui peut dérouter. La magie, pourtant, opère toujours.
Elle a opéré samedi soir, en Sixties Endurance. Sur ce circuit posé sur son plateau, entre les pins, les Shelby Cobra 289 et Daytona ont offert un spectacle d'une intensité rare. Xavier Dayraut a enlevé les deux heures au terme d'une bagarre poursuivie jusque dans l'ultime boucle avec Maxime Guénat, qui avait relayé Guillaume Mahé sur la Cobra n°1. Un duel au cœur de la nuit, la Sainte-Baume veillant de loin sur les fous du volant.

Elle a opéré encore lorsque plus de 50 voitures se sont élancées en Classic Endurance Racing 1 : le souffle du peloton a tout emporté sur son passage, et les spectateurs venus en nombre dans le Var ont vu Andrew et Max Banks s'imposer sur leur McLaren M6B, devant les Lola T70 de Bruno Pereira et Charlie Hyett, puis d'Émile Breittmayer.
Reste une inquiétude, que les Dix Mille Tours n'effacent pas : les plateaux consacrés aux voitures les plus anciennes traversent une période complexe. Un changement générationnel est à l'œuvre. Les propriétaires-pilotes qui arrivent aujourd'hui en compétition ont les yeux qui brillent devant des machines plus récentes, et se montrent moins sensibles aux exploits de l'immédiat après-guerre. Or ces « modernes » - LMP, GT1, GT2, GTE - changent tout : elles cassent les lignes, détonnent par leur aérodynamique, leur performance et leurs exigences de préparation.
Le mouvement est engagé. La rupture fut brutale au Mans Classic, parce qu'elle touchait au joyau de la couronne ; elle n'en était pas moins nécessaire. Elle passe mieux, forcément, lorsqu'elle s'opère non pas au début du mois de juillet, mais dans le cadre plus confidentiel du Castellet.
L'équilibre entre les époques, neuf séries au programme, un public nombreux : les ingrédients d'une grande fête étaient réunis. Vivement 2027, déjà, tant les Dix Mille Tours rassemblent tout ce qui fait l'ADN de Peter Auto ; et tout ce qui fera l'avenir des Le Mans Classic Series.


